Laverie & pressing

Pressing : le choisir et y déposer son linge sans risque

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Pressing : le choisir et y déposer son linge sans risque

Un pressing nettoie, détache et remet en forme des textiles qu’une machine domestique abîmerait. Il travaille au solvant ou à l’eau selon la matière, prend le vêtement en dépôt contre un ticket, et répond de l’état dans lequel il le rend. Ses tarifs doivent être lisibles depuis la vitrine.

Ce qu’un pressing traite, au-delà du nettoyage à sec

Le mot évoque le costume et la robe de soirée. La réalité du métier est plus large : l’atelier reçoit du linge de maison, des textiles volumineux, des pièces techniques et beaucoup de chemises.

Le catalogue courant d’une boutique de quartier couvre :

  • Le nettoyage au solvant des pièces structurées et des matières nobles.
  • Le nettoyage à l’eau professionnel, dit aquanettoyage, sur une part croissante du vestiaire.
  • La blanchisserie de chemises, lavées puis repassées à la presse.
  • Le repassage seul, sans nettoyage, sur du linge déjà propre.
  • Le traitement du cuir, du daim et des fourrures, souvent sous-traité.
  • Les volumineux : couettes, couvertures, rideaux, tapis.

Le panorama sectoriel réalisé en 2025 par l’Institut Supérieur des Métiers pour la Fédération Française des Pressings et Blanchisseries recense 5 575 entreprises et 6 560 établissements. L’activité est urbaine à 95 %, et l’Île-de-France concentre 28 % du parc.

La même étude situe à 93 % la part du service aux particuliers dans le chiffre d’affaires du secteur. Les boutiques élargissent pourtant leur offre : retouche et couture, conciergerie, collecte et livraison, abonnements mensuels. Un pressing de 2026 vend souvent autre chose que du nettoyage.

Cette diversification a une conséquence pratique pour vous. Deux enseignes voisines ne proposent pas le même périmètre, et la pièce que l’une refuse peut être acceptée par l’autre. Demander avant de se déplacer évite un aller-retour inutile.

Solvant ou eau : le basculement discret des pressings français

Pendant des décennies, la profession a tourné au perchloroéthylène, aussi appelé tétrachloroéthylène. Ce solvant chloré est classé cancérogène probable, et les mesures réalisées dans les logements situés au-dessus des boutiques ont fini par déclencher une réglementation.

L’arrêté du 5 décembre 2012, applicable aux installations classées de la rubrique 2345, est entré en vigueur le 1er mars 2013. Il interdit depuis cette date toute nouvelle machine au perchloroéthylène dans un local contigu à des locaux occupés par des tiers.

Pour le parc déjà installé, la circulaire d’application du 16 août 2013 fixe un retrait échelonné, des machines les plus anciennes aux plus récentes :

  • 1er septembre 2014 pour les appareils mis en service jusqu’à fin 1998.
  • 1er janvier 2016, puis 2018, 2019, 2020 et 2021 par tranches successives.
  • 1er janvier 2022 pour les dernières, mises en service entre 2011 et février 2013.

Nuance rarement expliquée en boutique : un pressing installé dans un local qui ne jouxte aucun logement ni local ouvert au public n’est pas visé par cette interdiction. Le perchloroéthylène reste légal chez lui, sous conditions techniques.

Le secteur a largement pris les devants. L’étude FFPB et Institut Supérieur des Métiers de 2025 indique que trois quarts des pressings pratiquent désormais l’aquanettoyage, et que 79 % des entreprises ont engagé au moins une mesure environnementale.

Machine de nettoyage professionnel en atelier de pressing, hublot ouvert

Les solvants de substitution ne se valent pas. Le Centre Technique de la Teinture et du Nettoyage rappelle que les hydrocarbures sont prévus par la norme d’étiquetage, alors que le siloxane D5, le Solvon K4 et le Rynex 3E n’y figurent pas : le professionnel qui les emploie engage sa propre responsabilité technique.

Poser la question à l’accueil n’a rien d’indiscret. Savoir si votre veste part au solvant, aux hydrocarbures ou à l’eau vous dit à quel traitement elle sera soumise. Le principe même du procédé est détaillé dans notre guide sur le nettoyage à sec.

Lire l’étiquette avant de pousser la porte

L’étiquette d’entretien tranche la plupart des cas. Les pictogrammes obéissent à la norme NF EN ISO 3758, dont la version 2012 fait référence, et appartiennent au GINETEX, représenté en France par le COFREET.

Trois lettres inscrites dans un cercle concernent le professionnel :

  • P autorise le nettoyage à sec au tétrachloroéthylène et aux hydrocarbures.
  • F limite le nettoyage à sec aux seuls solvants hydrocarbures.
  • W désigne le nettoyage à l’eau professionnel, autrement dit l’aquanettoyage.

Un cercle barré interdit tout nettoyage à sec. Une barre sous le cercle réclame un traitement modéré, et deux barres un traitement très doux.

Le Centre Technique de la Teinture et du Nettoyage donne un repère utile quand le symbole W manque : un article lavable en machine à 30 degrés au moins supporte généralement le nettoyage à l’eau, qui reste un traitement doux en milieu aqueux. Quand le lavage est interdit ou réservé à la main, aucune règle ne s’applique.

Gardez les étiquettes cousues, toujours. L’Institut national de la consommation le souligne : la responsabilité du teinturier ne peut pas être engagée en cas d’étiquetage absent ou erroné, et le recours se déplace alors vers le vendeur du vêtement.

Les prix : ce que la loi oblige à afficher

Le tarif n’est pas une information que vous devez arracher. L’article L. 112-1 du code de la consommation impose l’affichage des prix des prestations, et l’arrêté du 27 mars 1987 en précise les modalités pour les teinturiers.

Concrètement, les prix affichés doivent être visibles et lisibles depuis l’extérieur, en vitrine ou à l’entrée, toutes taxes comprises, avec la nature de la prestation. À l’intérieur, l’affichage peut se limiter aux cinquante prestations les plus courantes, à condition qu’un tarif général complet reste consultable sur demande.

Le défaut d’affichage expose le professionnel à une amende pouvant atteindre 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale, au titre de l’article L. 131-5 du même code.

Un détail explique bien des écarts entre boutiques : une même pièce peut relever de plusieurs niveaux de service, service courant, service soigné ou haute qualité, avec des prix distincts. Comparer deux vitrines sans comparer les niveaux n’a aucun sens.

Sur les volumineux, la question du coût se pose autrement. Une couette occupe un tambour entier et mobilise un cycle long, ce qui la place en haut de la grille. Beaucoup de foyers arbitrent alors vers la laverie, comme l’explique notre article sur le lavage d’une couette en laverie.

Grille tarifaire affichée en vitrine d’un pressing de quartier

Dernier point sur la facturation : le prestataire doit remettre une note dès que la prestation atteint 25 euros TVA incluse, et à tout moment si vous la demandez, en application de l’arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983. Elle est établie en double exemplaire, l’original vous revient.

Le ticket de dépôt, la pièce qui compte

Le petit papier agrafé au cintre est un document contractuel. Il matérialise le dépôt et devient votre seule preuve si la pièce revient tachée, décolorée ou pas du tout.

Il doit mentionner l’identité de l’établissement, la description des articles confiés, la prestation retenue et son prix, la date de retrait prévue, et la valeur d’achat déclarée lorsqu’elle dépasse le barème d’indemnisation.

Le professionnel y porte aussi ses réserves écrites : tache jugée irréversible, doublure fragile, boutons à risque, usure préexistante. Dans la pratique, ces réserves se font souvent oralement, ce qui ne protège personne.

Avant de quitter le comptoir, prenez trois minutes :

  • Inspectez vous-même chaque pièce et signalez les défauts existants.
  • Faites écrire ces défauts sur le ticket plutôt que de les évoquer.
  • Indiquez l’origine de chaque tache : gras, vin, transpiration, encre.
  • Videz les poches, retirez ceintures, broches et badges amovibles.
  • Déclarez une valeur supérieure au barème pour une pièce de marque, justificatif à l’appui.

Cette déclaration de valeur change tout en cas de litige. Sans elle, l’indemnisation retombe sur un barème forfaitaire qui reflète rarement le prix réel d’une pièce coûteuse.

Vêtement abîmé ou perdu : ce que vous pouvez réclamer

Le teinturier doit restituer l’article dans son intégrité initiale. La Cour de cassation le qualifie de locateur d’ouvrage tenu d’une obligation de moyens, et non de résultat, sur le fondement de l’article 1789 du code civil.

La présomption joue néanmoins en votre faveur. Toute détérioration survenue entre le dépôt et la restitution lui est imputable, sauf réserves écrites ou preuve d’absence de faute. Une expertise technique, un vice caché du textile ou une tentative de détachage maison peuvent l’exonérer.

En cas de disparition, le régime est celui du contrat de dépôt. L’Institut national de la consommation rappelle que la perte est présumée dès que l’article n’a pas été rendu dans un délai de deux mois à compter de la remise. Invoquer la faute d’un sous-traitant ne suffit pas à s’exonérer.

L’indemnisation s’appuie sur un barème corrigé par un coefficient de vétusté. Les grilles professionnelles retiennent souvent 80 % de la valeur pour un article acheté depuis moins de trois mois, 60 % en dessous de trente mois, 30 % au-delà. Ces barèmes ne vous sont opposables que si vous en avez eu connaissance avant le dépôt.

Vêtements sur cintres alignés derrière le comptoir d’un pressing

La marche à suivre est balisée :

  • Réclamez au retrait, en demandant un constat amiable signé des deux parties.
  • Chiffrez le préjudice avec la facture d’achat ou toute preuve de date.
  • Envoyez une lettre recommandée avec avis de réception, copie du ticket jointe.
  • Saisissez le médiateur de la consommation désigné par l’établissement, dans l’année suivant votre réclamation.

Une expertise indépendante existe pour les cas techniques : le laboratoire Études Articles Accidentés du Centre Technique de la Teinture et du Nettoyage, à Écully, rend des avis payants qui servent de base à un règlement amiable. Comme le professionnel est présumé responsable, ces frais ne devraient pas vous incomber.

Sachez enfin que l’établissement doit conserver vos affaires pendant un an à compter du dépôt, quelle que soit l’affiche apposée en boutique. Passé ce délai, la loi du 31 décembre 1903, modifiée en juin 2016, l’autorise à les vendre aux enchères ; le produit de la vente, diminué des frais, se réclame auprès de la Caisse des dépôts et consignations.

Ce qui ne mérite pas le pressing

Le recours au pressing progresse. Le baromètre du COFREET cité dans le panorama sectoriel 2025 indique que 44 % des Français y sont allés au moins une fois dans l’année en 2022, contre 40 % en 2020, et que 16 % s’y rendent au moins une fois par mois, soit le double de 2020.

Cette fréquence a un coût, et une bonne part des dépôts se justifie mal. Beaucoup de pièces déposées par habitude se traitent très bien à la maison, sans risque et sans facture.

Trois gestes espacent les passages :

  • Aérer une veste sur cintre après le port plutôt que la nettoyer.
  • Brosser laine et flanelle dans le sens des fibres pour retirer poussière et peluches.
  • Passer un défroisseur vapeur sur une pièce simplement froissée par le rangement.

Une tache localisée se traite le plus souvent seule, à condition d’identifier sa famille avant d’agir : notre repère sur le détachage selon la nature de la tache évite les auréoles et les fixations définitives. Les chemises, elles, ne demandent qu’une méthode et un peu de vapeur, détaillée dans notre pas à pas pour repasser une chemise.

Réservez le pressing à ce qu’il traite mieux que vous : matières nobles, pièces doublées et structurées, textiles marqués d’un cercle sur l’étiquette, taches anciennes ou grasses sur du délicat. Le reste relève de votre machine ou de la laverie du coin.

Prochaine étape concrète : sortez du placard les trois pièces que vous portez au pressing par réflexe, lisez leur étiquette, et vérifiez si un cercle y figure vraiment. Celles qui n’en portent pas peuvent rejoindre votre prochaine lessive dès cette semaine.